Escena de la adaptación cinematográfica de la segunda novela de Manuel Puig (Leopoldo Torre Nilsson, 1974):
En esta escena, la actriz que interpreta a la gitana es Mecha Ortiz, la artista argentina favorita de Puig. En El beso de la mujer araña, Mecha Ortiz es el apodo de uno de los amigos de Molina (p. 275). En el video siguiente podrán verla en Joven, viuda y estanciera (1941):
Si les premiers travaux de Gilles
Deleuze portent principalement sur l’histoire de la philosophie, avec des
ouvrages devenus rapidement célèbres sur Nietzsche (1962), Bergson (1966),
Spinoza (1968), il écrit également sur la littérature, par exemple sur Sacher
Masoch (Présentation
de Sacher Masoch, 1967) et sur
Proust. DansProust et les signes(1964),
il consacre plusieurs pages à l’homosexualité, pour s’écarter des
interprétations traditionnelles de la conception proustienne. Alors que l’on
insiste souvent sur le fait que l’homosexualité, chez Proust, est décrite comme
une forme d’hétérosexualité, puisqu’un homosexuel masculin est une « femme »
dans un corps d’homme, et qui, étant « femme », est attirée par les hommes,
Deleuze s’arrête sur un passage assez étrange deSodome et Gomorrheoù
Proust évoque l’intérêt porté aux « femmes qui aiment les femmes » par certains
homosexuels masculins. Ces derniers jouent, écrit Proust, « pour la femme qui
aime les femmes, le rôle d’une autre femme, et la femme leur offre en même
temps à peu près ce qu’ils trouvent chez l’homme ». Par conséquent, si Proust
évoque parfois, dans son analyse de l’homosexualité, la « séparation » des
sexes, ce que Deleuze appelle des « séries homosexuelles » divergentes, il y a
également un autre niveau où l’homosexualité n’est plus, nous dit Deleuze, «
globale et spécifique » (les hommes d’un côté, les femmes de l’autre), mais «
locale et non spécifique », c’est-à-dire une homosexualité « où l’homme cherche
aussi bien ce qu’il y a d’homme dans la femme, et la femme, ce qu’il y a de
femme dans l’homme ». Deleuze désigne cette sorte de « transsexualisme » (c’est
le mot qu’il emploie) comme le « niveau ultime de l’œuvre de Proust » : le fait
qu’une homosexualité « locale et non spécifique » puisse se fonder sur cette «
contiguïté » hermaphrodite des sexes, à l’intérieur d’un même individu, qui
nous est révélée par l’homosexualité « globale et spécifique ».
En 1972, Deleuze publie, avec Félix Guattari,L’Anti-Œdipe, énorme ouvrage très marqué par les mouvements de
l’après-Mai 68 et qui propose une critique radicale de la psychanalyse et de
son idéologie familialiste. Là encore, plusieurs pages s’arrêtent sur Proust.
Les auteurs voient dans À la recherche du temps perdu une « machine désirante »
dans laquelle les « connexions sont toujours partielles, et non personnelles,
les conjonctions nomades et polyvoques », au point que « l’homosexualité et
l’hétérosexualité ne peuvent plus se distinguer ». On pourrait évidemment se demander si cette
volonté de dissoudre les catégories d’homosexualité et d’hétérosexualité n’est
pas le fait d’hétérosexuels qui veulent se présenter comme subversifs et
cherchent à montrer qu’il y a de l’homosexualité partout, même dans
l’hétérosexualité, et qui finissent par l’exalter surtout quand ils peuvent la
rencontrer (comme dans le texte de Proust cité plus haut) dans le cadre de la
relation hétérosexuelle, déclarée dès lors plus radicalement homosexuelle que
l’homosexualité elle-même, toujours suspecte d’être trop « globale ».MaisL'Anti-Œdipeexercera
une influence considérable sur le mouvement homosexuel du début des années 1970
et notamment sur le jeune Guy Hocquenghem, qui s’en inspire directement pour
écrireLe Désir homosexuel(1972),
où il décrit « homosexualité » et « hétérosexualité » comme des découpages
arbitraires et artificiels dans le grand flux indifférencié du désir. Notons
que c’est sans doute contre cette conception utopique que Foucault voudra
s’élever quand il rejettera en termes assez ironiques le « grand mythe » de la
bisexualité fondamentale ou de la polysexualité générale, qui faisait le fonds
de l’idéologie freudo-marxiste de la « libération sexuelle » dans les années
1970 et qui imprègne les textes de Deleuze, Guattari et Hocquenghem.
Deleuze préface le deuxième livre d’Hocquenghem,L’Après-Mai
des faunes(1974),
et il soutient les actions du FHAR, participant par exemple en 1973 (ou en tout
cas prêtant son nom, aux côtés de Sartre et Foucault) au numéro de la revueRecherchesintitulé
« Trois milliards de pervers. Grande encyclopédie des homosexualités ».
DansMille
Plateaux, en 1980, Deleuze et Guattari développent une
théorie de la politique minoritaire. Majorité et minorité ne se définissent pas
en termes quantitatifs, mais en termes de domination. (« La majorité suppose un
état de domination, et non l’inverse. ») Cela veut dire que « majorité implique
une constante, d’expression ou de contenu, comme un mètre étalon par rapport
auquel elle s’évalue. Supposons que la constante ou l’étalon soit homme-blanc-mâle-adulte-habitant
des villes-parlant une langue standard-européen-hétérosexuel. […] Il est
évident que “l’homme” a la majorité, même s’il est moins nombreux que les
moustiques, les enfants, les femmes, les Noirs, les paysans, les homosexuels, etc.
» Mais être « minoritaire » n’est pas un état, c’est un devenir. La politique «
minoritaire », celle qui fait advenir l’histoire, ne consiste donc pas à
vouloir constituer une « minorité » comme un groupe, un état, un ensemble
stable. Il s’agit de produire et reproduire du « devenir » minoritaire : « Il
ne faut pas confondre “minoritaire” en tant que devenir ou processus, et
“minorité” comme ensemble ou état. » Et le risque, pour les minoritaires, c’est
précisément de se « reterritorialiser » ou de « se laisser reterritorialiser
sur une minorité comme état ». C’est pourquoi Deleuze et Guattari peuvent
écrire que « même les Noirs ont à devenir Noirs. Même les femmes ont à devenir
femmes. Mêmes les juifs à devenir juifs »… Aussi le « devenir minoritaire » doit-il
se comprendre comme une « ligne de fuite », qui ne tend pas à créer « un
ensemble définissable par rapport à la majorité », mais à produire un mouvement
qui peut affecter également ce dont le minoritaire s’écarte et dévie, et qui
est lui-même entraîné et modifié par le devenir : « Une femme a à devenir
femme, mais dans un devenir-femme de l’homme tout entier. Un juif devient juif,
mais dans un devenir juif du non-juif. »
Deleuze est lié d’amitié, du début des années 1960
au milieu des années 1970, avec Michel Foucault. Ils partagent bien des combats
politiques communs, dans leur période « gauchiste », avant que leurs évolutions
divergentes ne viennent mettre entre eux une certaine distance (Foucault
jugeant, par exemple, trop complaisant le rapport de Deleuze aux extrêmes
gauches italienne et allemande sombrant dans le terrorisme). Après la mort de
Foucault, Deleuze voudra rendre un hommage à sa mémoire et à sa pensée et lui
consacrera un livre (Foucault, 1986) dont la parution sera l’occasion de plusieurs
interviews qui sont réunies dansPourparlers(1990).
Il y décrit bien ce qui anime la pensée du dernier Foucault, celui du « souci
de soi » : « La dernière voie ouverte par Foucault est extrêmement riche : les
processus de subjectivation n’ont rien à voir avec la “vie privée” mais
désignent l’opération par laquelle des individus ou des communautés se
constituent comme sujets, en marge des savoirs constitués et des pouvoirs
établis, quitte à donner lieu à de nouveaux savoirs et pouvoirs. » Dans une formule souvent citée (et souvent mal
comprise), Foucault déclarait, en 1970, qu’« un jour, le siècle serait
deleuzien ». Il ne voulait évidemment pas dire que le xxe siècle serait
deleuzien, mais, en utilisant le mot « siècle » au sens augustinien du terme, que
la pensée de Deleuze ne resterait pas dans le ciel abstrait des idées
philosophiques mais viendrait s’incarner dans le monde d’ici-bas, celui de nos
vies et de nos luttes. L’importance actuelle de Deleuze dans la pensée gay et
dans la théorie queer semble montrer que cette prophétie de Foucault s’est, au
moins en partie, réalisée.
(*) D. Eribon, "Gilles Deleuze", in Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes
(Larousse, 2003).
El abecedario de Gilles Deleuze (P de "profesor", con subtítulos en español)
Escena de Blonde Venus (Josef Von Sternberg, 1932):
Escena de The Shanghai Express (Josef Von Sternberg, 1932):
«“¿Qué salvaría yo de un incendio si tuviera que elegir un filme de la historia del cine? Supongo que para los aficionados de Antonioni y Godard, sería una fatalidad mi elección.” El comentario cierra “Homenaje a Von Sternberg”, escrito por Puig en 1969 para la revista española Bazaar, en el que de la filmografía revisitada del director vienés, elige la tetralogía compartida con Marlene Dietrich en Hollywood, producida entre 1931 y 1934: Marruecos (Morocco), Fatalidad (Dishonored), El expreso de Shanghai (The Shanghai Express) y La venus rubia (Blonde Venus). ¿Por qué ese lugar de fervorosa preeminencia para Von Sternberg?
Dos gestos extremos resumen el atractivo de la alianza Sternberg-Dietrich. Por un lado, el ilusionismo de Sternberg, que en su declarada intención de crear un mundo artificial –un “heterocosmos de luces y sombras”-, puede leerse como una crítica moderna al “ilusionismo realista” de Hollywood; por otro, la figura enigmática y andrógina de Marlene que con su énfasis en la sexualidad como representación, libera a la mujer de las imposiciones fijas de los roles sexuales tradicionales. Las tramas de von Sternberg, aparentemente dóciles a las pasiones intensas del melodrama, al exotismo del relato de aventuras o a las dobles identidades del relato de espionaje, encuentran en el ímpetu femenino de Marlene la posibilidad de un desafío más audaz. Espía o cabaretera, andrógina y misteriosa, Dietrich es el emblema de la mujer que enfrenta el mundo masculino y las convenciones sociales impuestas al mundo femenino, sometiéndose únicamente a los dictados del corazón.»
(Fragmento de “Del escritor como contrabandista” artículo de Graciela Speranza incluido en la edición crítica de El beso de la mujer araña, pp. 559-560)